Guide
Comment bien formuler une demande à l’IA ? Ne rien laisser à deviner
Une bonne demande n’est pas une formule magique. Une bonne demande ne laisse rien à deviner à l’IA, parce que chaque vide que vous laissez, l’IA le remplit à votre place.
Tout ce guide découle d’une seule règle.
Avant de lire : vrai ou faux ?
Pariez sur chaque phrase, puis lisez pourquoi.
Une bonne demande suit une formule : rôle, contexte, tâche, format.
C’est faux. La formule est un pense-bête pour vous. Ce qui fait la différence, c’est une demande explicite et exhaustive. Lire pourquoi
« Écris un e-mail court et professionnel » est une demande claire.
C’est faux. Court : 10 mots ou 100 ? « 80 mots maximum » est un critère que l’IA peut respecter et que vous pouvez vérifier. Lire pourquoi
Demander à l’IA d’« améliorer mon prompt » rend votre demande meilleure.
C’est faux. L’IA n’apprend rien de nouveau sur vous : l’IA réécrit votre demande en devinant ce que vous vouliez dire. Lire pourquoi
Demander à l’IA un nombre précis de questions avant de commencer marche mieux que « pose-moi des questions si nécessaire ».
C’est vrai. Avec « si nécessaire », l’IA décide le plus souvent qu’elle a tout compris, et ne pose aucune question. Lire pourquoi
La réponse courte
- Une bonne demande n’est pas une formule. Une bonne demande ne laisse rien à deviner à l’IA.
- Rendez la demande explicite : remplacez chaque adjectif (« court », « professionnel ») par un critère que vous pourriez cocher (« 80 mots maximum »).
- Rendez la demande exhaustive : un collègue qui ne sait rien de votre situation doit pouvoir faire le travail sans vous poser une seule question. Montrez un exemple du résultat quand vous en avez un.
- Terminez les demandes importantes par « Pose-moi 10 questions avant de commencer » : chaque question que l’IA vous pose est un choix que l’IA aurait fait à votre place.
- Oubliez « améliore mon prompt » : l’IA n’apprend rien de nouveau sur vous, donc l’IA réécrit votre demande en devinant.
Pourquoi l’IA marche-t-elle pour mon collègue et pas pour moi ?
Votre collègue utilise le même outil que vous. La différence est dans la demande.
Quand l’IA se trompe, je donne à mes apprenants une réponse volontairement extrême : considérez que l’erreur vient de vous. Pas pour vous accabler. C’est vous qui signez ce qui part, et « c’est l’IA qui l’a dit » n’est pas une réponse qu’un client acceptera. Et votre demande est la seule partie de l’échange que vous maîtrisez.
De votre côté, trois choses font échouer l’IA :
- Une demande impossible. Demandez à l’IA de « construire une chaussure » : l’IA dessinera une chaussure, décrira une chaussure ou refusera, et aucune des trois réponses ne vous conviendra.
- Une demande floue ou incomplète. L’IA remplit tout ce que vous avez laissé de côté, avec ses propres choix.
- Aucune vérification. La réponse part telle que l’IA l’a écrite. Jusqu’où vérifier, et comment : c’est dans le guide Pourquoi l’IA invente-t-elle des choses ?
Ce guide porte sur la demande. Voyez l’IA comme un outil de bureautique, comme Excel : personne n’accuse Excel d’une formule mal tapée. L’habitude à perdre, c’est d’espérer : écrire une demande en trente secondes, appuyer sur Entrée, et attendre une superbe réponse à une demande que vous n’auriez pas su expliquer vous-même. L’IA ne peut pas mener à bien une tâche que vous ne savez pas expliquer.
Investissez plutôt au départ. Bien cadrer la première demande prend quelques minutes ; corriger une demande floue prend dix messages, et chaque réponse à refaire vous coûte deux fois votre temps.
Faut-il une formule de prompt (rôle, contexte, tâche, format) ?
Non. Une formule de prompt est un pense-bête pour vous, pas une incantation pour l’IA.
En ligne, vous trouverez des formules comme « rôle, contexte, tâche, contraintes, format ». Une formule vous aide à ne rien oublier, et c’est tout ce qu’une formule fait. L’IA n’a pas besoin que votre demande suive cet ordre, ni ces titres.
C’est pareil pour « mets-toi dans la peau d’un recruteur expert » : donner un rôle à l’IA change très peu de chose dans une demande ordinaire. Un rôle sert dans un seul cas : quand vous créez un assistant spécialisé que vous réutiliserez, comme un Gem dans Gemini, un GPT personnalisé dans ChatGPT ou les instructions d’un projet Claude.
Deux qualités font la différence, quelle que soit la forme. La demande est explicite : l’IA sait exactement quel résultat vous attendez. La demande est exhaustive : l’IA a toutes les informations dont le travail a besoin. Les deux sections suivantes prennent ces deux qualités une par une.
Comment rendre une demande à l’IA explicite ?
Remplacez chaque adjectif par un critère que vous pourriez cocher.
« Court », « rapide », « professionnel », « fiable », « parfait » : pour l’IA, ces mots ne veulent rien dire de précis. Un e-mail court, c’est 10 mots ou 100 ? L’IA choisit à votre place. « Rapide », c’est trois minutes pour cuire des pâtes et plusieurs mois pour le rachat d’une entreprise. « 80 mots maximum » ne laisse rien à choisir à l’IA, et vous permet de vérifier la réponse en deux secondes.
Le test : pour chaque chose que vous demandez, pourriez-vous cocher une case pour dire que la chose est faite ? Si vous ne pouvez pas juger la réponse, l’IA ne le peut pas non plus.
Une règle devient vérifiable quand vous l’écrivez comme une condition : pas « le stock doit rester fiable », mais « quand un produit atteint sa date de péremption, son statut passe à périmé ».
Choisissez bien le verbe d’action
Le verbe dit à l’IA quel genre de résultat produire. Un seul mot peut transformer un document de deux pages en un document de trente.
| Verbe | Ce que l’IA produit |
|---|---|
| Résumer | Un texte court, dans l’ordre du document d’origine |
| Synthétiser | Un texte court, regroupé par thèmes |
| Détailler | Un texte long, point par point |
Bannissez « faire » : « fais un e-mail » peut vouloir dire rédiger le texte, créer un brouillon dans votre messagerie, ou l’envoyer. « Rédige le texte d’un e-mail » ne laisse qu’un sens.
Choisissez des mots qui n’ont qu’un sens
Pour l’IA, « bug » renvoie à l’informatique, alors qu’« anomalie » peut tout aussi bien désigner une coupure de courant dans la rue. L’effet d’un seul mot est modeste. Mais chaque mot flou laisse un petit écart, et les petits écarts s’additionnent.
Comment donner à l’IA tout le contexte dont elle a besoin ?
Faites le test du collègue : un collègue qui ne sait rien de votre situation pourrait-il faire le travail avec votre seul message, sans vous poser une seule question ?
Imaginez un collègue d’un autre service, pas celui qui travaille à côté de vous et connaît déjà vos clients. Partout où ce collègue aurait besoin de vous poser une question, l’IA devinera à la place. C’est la règle d’or à l’œuvre : ce que vous ne transmettez pas à l’IA, l’IA le choisit à votre place.
Le contexte décide même de la bonne réponse. « Quelle est la taille de la tour Eiffel ? », posée pendant un quiz chronométré, appelle un seul chiffre, rien de plus. La même question, posée par une personne curieuse des monuments de Paris, appelle l’histoire de la hauteur de la tour. Les mots sont identiques ; personne d’autre que vous ne sait quelle réponse il vous faut, donc c’est à vous de le dire.
Prenez la demande « Écris un e-mail court à M. Dupont pour lui rappeler la facture. » Vous connaissez Paul Dupont depuis quinze ans, vous le tutoyez, et vous déjeunez ensemble chaque mois. Rien de tout cela n’est dans la demande : l’IA écrit donc « Monsieur Dupont » et vouvoie Paul, comme un inconnu.
Montrez un exemple à l’IA au lieu de décrire le résultat
Vous pourriez décrire une image pendant quatre heures sans jamais obtenir un dessin fidèle ; montrez l’image, et l’IA la voit. C’est pareil pour un style, une mise en page ou un ton : donnez à l’IA des exemples du résultat attendu. Trois à cinq exemples suffisent souvent pour que l’IA voie le motif. Écartez les exemples hors sujet : les exemples hors sujet brouillent le motif.
À copier-coller
Voici 3 e-mails que j’ai écrits à des clients. Écris le nouvel e-mail dans le même style : même longueur, même ton, même formule de fin.
Un modèle à compléter marche de la même façon : donnez à l’IA votre document habituel avec les cases laissées vides. Et pour les longs documents, un court extrait suffit à montrer votre style : inutile d’envoyer cinq fichiers entiers.
Exhaustif ne veut pas dire tout
Envoyez ce dont le travail a besoin, et rien de plus. Envoyer un dictionnaire entier pour obtenir trois définitions noie les trois mots qui vous intéressent. Pour rédiger une réponse, l’IA n’a besoin ni du numéro de téléphone du client, ni de la signature d’e-mail du client : écrivez [client] à la place du nom, et remettez le nom vous-même. Les données en trop ne font qu’ajouter du bruit à la réponse. Plus de détails dans la FAQ : Puis-je coller des données clients dans l’IA ?
Lire le guide : l’IA se souvient-elle de ce que vous lui avez dit ?
Comment faire poser des questions à l’IA avant qu’elle commence ?
Ajoutez une phrase à la fin de votre demande. L’IA vous interroge alors sur chaque point que l’IA aurait sinon tranché seule.
À copier-coller
Pose-moi 10 questions avant de commencer, pour être sûr d’avoir bien compris ma demande et mes besoins.
Donnez un nombre précis. Avec « pose-moi des questions si nécessaire » ou « si tu ne comprends pas », l’IA répond le plus souvent qu’elle a tout compris. Chaque question que l’IA vous pose est un choix que l’IA aurait fait à votre place.
Écrivez d’abord votre meilleure demande, puis demandez les questions
Les questions viennent après votre meilleure demande, pas à sa place. « Écris un e-mail court et professionnel. Pose-moi 10 questions » vous ramène à l’espoir. Écrivez d’abord tout ce que vous savez ; les questions trouvent ensuite ce qui manque encore.
Combien de questions demander à l’IA ?
Autant que l’enjeu et la difficulté le demandent. 10 est un début pour une tâche simple ; pour un vrai travail, j’en demande habituellement 20 à 30. Répondez vraiment, en détail, jamais par un simple « oui », « non » ou « peut-être » : vos réponses sont le contexte qui manquait à l’IA. Et montez le nombre avec l’enjeu : si une seule erreur pouvait vous coûter une amende, demandez bien plus de 10 questions.
Quand arrêter les questions de l’IA ?
Quand les dernières questions répètent les précédentes, ou deviennent banales. Si toutes les questions restent pertinentes, demandez-en cinq de plus à l’IA.
Pourquoi « améliore mon prompt » ne marche pas ?
Parce que l’IA n’apprend rien de nouveau sur vous. L’IA réécrit votre demande en devinant ce que vous vouliez dire, puis exécute la demande réécrite en devinant une deuxième fois.
Votre demande a des trous que vous ne voyez pas, parce que vous connaissez trop bien votre situation. « Améliore mon prompt » demande à l’IA de combler ces trous sans aucune information nouvelle. L’IA comble les trous avec des suppositions plausibles, et la formulation soignée rend ces suppositions plus difficiles à repérer. Une couche d’interprétation devient deux.
Deux pièges de plus. « Améliore » est lui-même un mot flou : améliorer par rapport à quoi ? Et la demande réécrite est plus longue que la vôtre : la plupart des gens envoient cette réécriture sans la relire, et maîtrisent encore moins le résultat.
Mettez les questions d’abord, et la réécriture ensuite :
À copier-coller
Pose-moi 15 questions sur cette demande. Quand j’aurai répondu, réécris la demande à partir de mes réponses.
Quels sont les quatre niveaux d’une demande à l’IA ?
Quatre façons de demander, de l’espoir au plan. Choisissez le niveau selon l’enjeu.
| Niveau | Comment vous demandez | Quand |
|---|---|---|
| 1Espérer | Quelques mots, et vous espérez que la réponse vous convienne | Une question par simple curiosité |
| 2Explicite et exhaustive | Des critères que vous pouvez cocher, et tout le contexte | Les tâches de tous les jours |
| 3Les questions d’abord | L’IA vous pose un nombre précis de questions avant de commencer | Un travail qui part sous votre nom |
| 4Le plan d’abord | L’IA écrit ce qu’elle a compris et ce qu’elle compte faire ; vous corrigez le plan ; puis l’IA agit | Un gros projet, ou une tâche en plusieurs étapes |
Chaque niveau ajoute au précédent : une demande de niveau 3 reste explicite et exhaustive. Au niveau 4, même après tout ce travail, la relecture du plan fait presque toujours apparaître quelque chose à corriger, et cette correction est tout l’intérêt du plan. Et inutile de sortir le niveau 4 pour demander la taille de la tour Eiffel.
À copier-coller
Avant de faire quoi que ce soit, écris ce que tu as compris de ma demande et les étapes que tu comptes suivre. Attends mon feu vert avant de commencer.
Que vérifier avant d’envoyer une demande à l’IA ?
Cinq questions à vous poser avant d’appuyer sur Entrée.
Une bonne demande laisse moins de vides à remplir à l’IA. Une bonne demande ne remplace pas la vérification : le guide Pourquoi l’IA invente-t-elle des choses ? montre jusqu’où vérifier, et comment.
Envie d’appliquer cette méthode à vos propres demandes ?
Pendant un échange gratuit de 30 minutes, vous me dites comment vous utilisez l’IA aujourd’hui, et je vous montre ce que vos demandes laissent deviner à l’IA. Rien à préparer.
